Début août, le premier comité de vigilance a été créé à Amiens. Composé d’habitants du quartier St Leu qui déplorent “la recrudescence des incivilités et de la délinquance”. L’initiateur avance un “élan spontané de citoyens engagés” qui s’organisent “sur le principe de bon voisinage et d’entraide”.
Depuis, des réactions on ne peut plus détestables -et prévisibles- ont surgi sur les réseaux sociaux et le site de notre quotidien préféré…
Prônant plus de citoyenneté, je suis intéressée par l’initiative, si tant est qu’elle soit encadrée et validée par les autorités publiques. C’est pourquoi, je rencontrerai courant de la semaine prochaine le créateur du comité de vigilance.
Que peut bien vouloir signifier l’organisation des habitants face à la délinquance ? Faut-il y voir un gage de citoyenneté ou une carence des autorités publiques chargées de garantir la sécurité publique ?
Tout a commencé par une circulaire du ministère de l’Intérieur diffusée aux préfets fin juin créant le “dispositif de participation citoyenne“. Il s’agit prioritairement de “rassurer la population”, d’améliorer la réactivité contre les cambriolages, d’accroître l’efficacité de la “prévention de proximité” en zones rurales et pavillonnaires.
Les préfets ont donc été invités à recueillir l’adhésion des maires, puis d’organiser avec eux des réunions publiques réunissant responsables locaux de la sécurité -y compris les polices municipales- et habitants dont il conviendra de “rechercher l’engagement”. Fondé sur “la solidarité de voisinage”, il s’agit de développer “un comportement de nature à mettre en échec la délinquance”, en cohérence avec les autres dispositifs de prévention.
La préfecture de la Somme quant à elle, a prudemment diffusé un dépliant intitulé “Voisins solidaires et attentifs : les réflexes de chacun pour la sécurité de tous“, plutôt calqué sur la prévention des cambriolages.
Adeptes de la solidarité, de la citoyenneté et de l’implication des habitants en matière de sécurité, difficile de ne pas être séduits.
Aussi, la promotion du dispositif des “voisins vigilants” a rempli les cases désespérément vides des journaux télévisés, et ce pendant des semaines.
J’en suis à espérer que nos Amiénois du comité de vigilance du quartier St Leu ont trouvé l’inspiration au cœur du plan de communication de l’État. Les éléments de langage diffusés ont sans doute omis d’insister sur un aspect incontournable et essentiel du dispositif : le contrôle et l’accord préalable des autorités. En l’espèce, l’initiateur du comité de vigilance s’est organisé, a prévenu la presse, m’a ensuite contactée. Or, si le comité prétend s’inscrire dans la “participation citoyenne”, les autorités doivent être mises dans la boucle, et pas après coup.
En effet, la circulaire indique que les modalités de transmission et d’exploitation des renseignements recueillis par les “voisins vigilants” devront être définies ; de leur côté, police et gendarmerie devront pouvoir alerter ces derniers. L’État ne saurait inciter “sans en contrôler l’application” via l’élaboration d’un protocole fixant les modalités pratiques, entre autorités judiciaires, maire et préfecture. Les préfets doivent en outre convenir des procédures de suivi, d’évaluation et de contrôle. Depuis deux semaines qu’un comité de vigilance a vu publiquement jour, je me retrouve étrangement seule. J’attends donc des services de l’État une reprise en main du dossier, comme l’y invite l’esprit de la circulaire…
Ce soudain penchant pour la promotion de citoyenneté en matière de sécurité et de prévention de la délinquance obère difficilement un contexte de RGPP qui frappe durement les moyens des forces étatiques de sécurité. La circulaire nous indique en conclusion : “des travaux juridiques sont en cours pour consolider ce dispositif. Au sein de chaque quartier ou secteur concerné, des points de contact pourraient être identifiés, les personnes volontaires ainsi désignées pouvant alors bénéficier du statut juridique de collaborateur occasionnel du service public prévu dans la LOPPSI du 15 mars 2011.”
Au-delà des aspects budgétaires que sous-tendent la promotion de la participation citoyenne, les dérives peuvent vite arriver sans un contrôle et un encadrement strict de la part des autorités publiques. La prétendue incurie de celles-ci et leur absence de communication encourageront irrémédiablement de genres d’initiatives incontrôlées… et leurs possibles dérives.
Responsables de la sécurité publique, nous devons davantage communiquer vis-à-vis des administrés, mieux expliquer l’action des acteurs de la sécurité et quel peut être le rôle des citoyens, en toute légalité et solidarité. C’est l’ambition du “Guide de la sécurité à Amiens” qui sera diffusé à la rentrée dans les boîtes à lettres des Amiénois.